Collaborer, mais comment, dans quel cadre ? Faut-il institutionnaliser ces pratiques ?

Par Lucia Aboutaoufik et Carol Clara (21 solutions)

Ces dernières années, en Belgique, de nombreuses initiatives citoyennes sont nées. À ce jour, ce ne sont pas moins de 1 200 initiatives citoyennes qui ont été répertoriées par l’Association des Consommateurs Responsables en Belgique . Ces citoyens s’activent dans différents domaines, exprimant ainsi leur besoin de participer à la gestion de la cité ainsi qu’à la création des milieux de vie par l’appropriation collective d’espaces urbains.

En réponse à l’émergence de ces nouvelles demandes citoyennes, des espaces de dialogue ainsi que de nouvelles pratiques sont expérimentés avec la mise en place « d’espaces ou de processus participatifs ».

VILCO, au travers de certaines de ses expérimentations, a voulu tester de nouvelles pratiques répondant à ce besoin de « plus de collaboration ». Les expériences menées dans ce cadre sont assez variées, parmi celles-ci : le maquettage des Assemblées Citoyennes dans la commune d’Etterbeek, l’idéation d’espaces de rencontre entre élus et citoyens dans les communes d’Uccle et Bruxelles, l’organisation d’espaces de cocréation pour l’organisation d’un évènement commun entre citoyens et pouvoirs locaux au sein de la commune de Watermael-Boitsfort et d’autres encore.

Certaines fort structurées, d’autres plus souples et moins organisées, ces différentes expérimentations ont vu le jour et se sont déroulées dans le cadre « sécurisé » de la recherche-action et dans un espace-temps délimité. Par la suite, certaines de ces expériences ont été institutionnalisées et intégrées dans le fonctionnement des institutions qui en sont les garants. C’est le cas par exemple des Assemblées Citoyennes dans la commune d’Etterbeek, projet élaboré par le Living lab d’Etterbeek, qui a été voté au Conseil communal en novembre 2019 et qui sera implémenté début 2020 dans deux quartiers « pilotes », la Chasse et Jourdan. D’autres, par contre, ont un caractère plus éphémère et leur reproduction dépend de la volonté des acteurs impliqués.

Faut-il institutionnaliser ces espaces et ces pratiques pour qu’ils puissent voir le jour ?

Si l’on observe l’évolution des pratiques de démocratie participative dans le monde, on peut constater, à partir des années 90, un nombre croissant de lois et de réglementations à propos de la participation, ainsi qu’une certaine standardisation des dispositifs (Blondiaux). On pense notamment aux Budgets Participatifs (d’abord au Brésil et au Pérou et actuellement aussi en France, Espagne et Portugal), aux Conseils de Quartiers (en France), au droit d’initiative citoyenne (en Finlande), au referendum, etc. La diffusion et la reproduction de ces dispositifs, dans plusieurs pays et contextes, peut nous amener à penser que l’institutionnalisation de ces dispositifs pourrait, en quelque sorte, contribuer à renouveler la démocratie et favoriser un changement culturel considérant comme légitime la participation du citoyen aux espaces de décision. Cependant, comme le mettent en exergue certaines études, il est encore difficile et « peut-être un peu tôt pour tirer un bilan global de ces expériences, car nous sommes seulement au début d’un lent processus d’acculturation des acteurs à ces démarches de participation » (Blondiaux).

En tant qu’acteurs de terrain impliqués tant dans la conception que dans l’accompagnement de ce type de processus participatifs, nous tenons à mettre en avant une série de questionnements liés au développement de ces pratiques et à leurs tendances :
Faut-il institutionnaliser ces pratiques ? De quelle manière ? Comment instaurer ces pratiques dans des systèmes institutionnels complexes ? Quelle place et quelle légitimité donner à d’autres types d’initiatives, plus spontanées et informelles, qui résultent des citoyens eux-mêmes et de la société civile, tel que des initiatives qui s’organisent pour prendre la parole, protester, revendiquer et interpeler les autorités politiques ?

Ce sont des questions que nous n’avons pas eu l’occasion de traiter lors de cette recherche-action, mais qui restent à explorer. À ce stade, ce que l’on estime intéressant de mettre en exergue, c’est que « ce qui compte c’est de changer les pratiques ! »

Ce qui compte, c’est de changer les pratiques

Il reste encore beaucoup de méfiance vis-à-vis des nouvelles pratiques. La culture de la collaboration n’est pas encore ancrée. Cela s’observe tant du côté des pouvoirs publics qui sont hésitants à soumettre à la participation des projets ou des choix importants, par peur de la confrontation politique ou de perdre la maîtrise de la décision (Blondiaux), que du côté des citoyens qui ne sont pas toujours en confiance ou habitués à avoir une attitude proactive et collaborative avec les pouvoirs publics.

C’est exactement « ça » l’enjeu que VILCO a essayé de relever : créer une culture de la collaboration, impulser des nouvelles pratiques et manières de faire. Ceci à l’aide de la sociocratie, de l’intelligence collective et des méthodes issues du design thinking.

Les méthodes, l’approche, mais aussi l’échelle (qui dans VILCO était principalement locale, mais avec un lien important vers l’échelle régionale) sont, selon nous, des variables importantes qui peuvent jouer un rôle de levier dans le processus d’acculturation que tant les citoyens que les pouvoirs publics doivent vivre afin de s’acclimater à l’idée qu’il est possible de travailler ensemble.

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